Le Retour de la Paix : Montéclair & Clérambault
Royal Parlement

Le Parlement de Musique vient de donner, au Palais des Rohan, et à l’occasion d’une gravure pour le label K617, une soirée remarquablement charpentée autour de Montéclair et Clérambault .

Elle a récemment incarné Belinda, dans Didon et Enée de Purcell, avec les mêmes timbres pénétrants, attaques franches et sans acidité dans un style baroque assimilé : l’art brillant de Dorothée Leclair s’impose, ce soir, devant un ensemble touffu et résonnant, dirigé au clavecin par le fondateur du Parlement, Martin Gester.
Les deux cantates profanes, tels des tableaux pittoresques, crépitent vocalement, de vives apostrophes et de trilles en cascades ; dans leurs parties instrumentales jaillit une véritable symphonie de timbres, deux violons et traverso accompagnés par une basse continue théorbe – clavecin – viole de gambe.
Éloquence et générosité
Dans Le Retour de la Paix, Michel Pignolet de Montéclair compose un hymne aux vertus médicinales pour le vieux Louis XIV. Sur le mode d’un optimisme festif et déclamatoire, la partition ne s’assombrit pas des éléments contrastants et chromatismes qui crissent sous les archets, ou la viole à la mélodie plaintive. Les musiciens, emmenés par Dorothée Leclair, portent la pièce avec force et vitalité, à l’image d’une jubilatoire danse finale.

Signée par Louis-Nicolas Clérambault, L’Isle de Délos, plus tardive, fait partager les mêmes sentiments joyeux. Elle décrit le bonheur des bergers, habitants de cette île au patrimoine mythologique – le sanctuaire d’Apollon – et à la nature paradisiaque. Le traverso de Marjorie Pfister y agrémente le dessus de doux et tendres roucoulements, figurant aussi le chant des oiseaux et ses échos. Et la voix ample et conduite de Leclair se mêle avec délice aux passages du tutti, menés avec vivacité et robustesse.

Deux pièces instrumentales complétaient cette courte mais dense soirée. Dans une page solennelle en do mineur de Montéclair, l’ensemble gagne en matière au fil des notes, et la violiste Emmanuelle Guigues assure une tirade compacte. Et dans La Félicité, sonate pour deux violons et basse continue de Clérambault, éloquence et générosité des cordes encore, qui miaulent et mordent, amendent un collectif extraordinairement sagace.

Christian Wolff, DNA