Joseph Haydn: Missa In Angustiis dite «Nelson»
& Franz Xaver Richter : Te Deum
au Festival de Ribeauvillé, 27 octobre 2009

Flamboyante conclusion

L’édition 2009 du festival de musique ancienne de Ribeauvillé s’est achevée par un programme festif et fervent où le Parlement de musique associait les célébrations de Haydn et de Richter.
Concert de prestige assurément, qui avait ouvert en août le très médiatisé festival de la Chaise-Dieu et qui, pour cette clôture accueillie en une église Saint-Grégoire prise d’assaut, réunissait sous la conduite de Martin Gester les mêmes forces du Parlement de musique, de la Maîtrise de Bretagne et d’un beau quatuor de solistes vocaux. Tout ce monde apparaissant soudé par une allégresse que communique visiblement la direction de Martin Gester, aussi posée que pleine de vitalité.
La soirée fut ouverte par un des Te Deum composés par Franz Xaver Richter, destiné à rehausser en 1781 le centenaire du rattachement de Strasbourg à la France. Le maître de chapelle de la cathédrale de Strasbourg qu’était depuis douze ans Richter lui donne l’allant et, avec trompettes et timbales, la grande allure qu’on pouvait attendre de lui.
Duo et soli radieux y mettent tour à tour en vedette la soprano Ivana Kladarin, lumineuse et agile, et la belle couleur de ses partenaires, l’alto Iwona Sakovicz, le ténor Mathias Vidal et la basse Marian Krejcik.
Le choix d’un choeur dont les sopranos et altos sont des enfants s’avère particulièrement heureux, donnant à cette musique de célébration une fraîcheur et une verdeur vivifiantes. On retrouvait ici les qualités de la Maîtrise de Bretagne, la plénitude sonore, la netteté des attaques et de l’articulation. Et le final fugué y trouva tout son élan jubilatoire. On s’interrogera une fois de plus sur la méconnaissance d’un compositeur qui a su forger son langage à lui entre pratiques baroques tardives et prémices du style mozartien.
Et l’on saluera le combat mené par  Martin Gester pour sortir magnifiquement de l’ombre des pages passionnantes. La Messe « in Angustiis » de Haydn est au contraire une des plus célèbres de son auteur. C’est la version originale avec trois trompettes, timbales et orgue concertant qui a été ici choisie, et il faut en reconnaître l’efficacité nerveuse, supérieure à l’appareil de la version large de 1803, dont on ignore le responsable, tout comme celui du titre tardif Nelson-Messe. Martin Gester donne une vision tendue et combative de cette oeuvre dense, oscillant entre exultation et vaillance militante, espérance confiante et anxiété - celle que disent les Angustiae du titre.
On soulignera, outre les qualités déjà mentionnées des solistes et du choeur, les vertus de l’ensemble instrumental. Celui-ci imprime à l’élan traversant toute la messe une énergie rythmique qui se conjugue en toute lisibilité à la finesse du dessin. Le déchaînement des fanfares dans le Benedictus après les sons filés des cordes produit ainsi son effet le plus spectaculaire, sans surcharge de maestro du reste. Le maître mot demeure ici la retenue dans la flamboyance.


Christian Fruchart - DNA 27 oct. 2009