Extraits de Presse 2008
HOMMAGES
Jacques Antoine Denoyé:
Messe à Grand Chœur et Symphonie


Michel Corrette :
Laudate Dominum
d'après Le Printemps de Vivaldi, CD Ambronay

Denoyé verso
Nombreux sont ceux qui ont usé du biais qu'est la "parodie", dont le principe consiste à apposer un texte nouveau sur une musique préexistante. Ainsi Michel Corrette (1707-1795) transformant les mouvements du concerto Le Printemps, extrait des Quatre Saisons de Vivaldi, en Laudate Dominum. Ce n'est pas une première au disque, mais l'interprétation du Parlement de musique de Martin Gester est réjouissante, comme l'est celle, en complément, d'une Messe à grand choeur et Symphonie de Jacques Antoine Denoyé, compositeur strasbourgeois mort en 1759. Cette rareté est une sorte de tombeau de Rameau dont la manière et certains thèmes sont cités ou parodiés (dans le sens le plus courant, du terme).
Renaud Machart, Le Monde

Hommages au pluriel. Hommage d'abord à Jean-Luc Gester - le frère du chef - vaincu par l'ironique destin: une vie à ressusciter les musiciens et leurs oeuvres pour mourir dans la fleur de l'âge... Hommage à Rameau, dont la scène funèbre de Castor traverse le Crucifixus et La Cupis un Sommeil délicatement glissé avant l'Agnus Dei, mais qui, sans se voir copié ou directement parodié, imprègne toute la messe, vaste merveille inconnue d'un maître inconnu sans doute jouée durant l'automne 1758 en la cathédrale de Strasbourg. Hommage, encore, du joyeux Corrette, cette fois, au Printemps de Vivaldi, tube du Concert Spirituel dès 1728... La noble tendresse dont le chef couvre la trouvaille de son frère, la construction très fine du vaste et inépuisable Credo, la sincérité de l'hommage enfin nous touchent absolument. Sacrée trouvaille...
Ivan A. Alexandre, Diapason

Ciò che rende però questo disco imperdibile per gli amanti del barocco musicale francese è il Laudate Dominum del più noto Michel Corrette. Pezzo forte di numerosi Concerts Spirituels alle Tuileries, incorpora in maniera ingegnosa molto materiale della celeberrima Primavera vivaldiana.
Se Bach aveva trascritto "creativamente" alcuni dei concerti del Prete rosso, qui Corrette impiega il materiale del primo concerto delle Quattro Stagioni, operando una sorta di mutazione genetica. Ampie sezioni del concerto vivaldiano sono rivestite di un testo (opportunamente un salmo laudativo) e integrate con materiale di nuova composizione: si raggiunge così un risultato di buon equilibrio e decisamente affascinante, sebbene lontano dall' atmosfera "veneziana" dell'originale.
Martin Gester e il suo Parlement de Musique si dimostrano interpreti convincenti di queste due interessanti composizioni. La registrazione è un "live" del concerto tenuto nel settembre del 2007 presso l' abbazia di Ambronay, sede di uno dei migliori festival musicali in terra francese. I musicisti danno ottima prova di sé lungo tutto il corso dell' esecuzione, valorizzata dalla bella acustica della chiesa abbaziale. Nel disco il palcoscenico sonoro è restituito con ampiezza e profondità ragguardevoli, senza apprezzabili rumori di fondo; molto buono anche l' equilibrio tra strumenti, coro e solisti, tra i quali segnaliamo il soprano Judith Gauthier, cui spetta un ruolo di spicco nel mottetto di Corrette.
Daniele Fracassi - Associazione culturale Orfeo nella rete


Il s' agit d'une bien belle découverte et cette messe est d'une élégance rare. La musique évoque le grand style versaillais de Rameau. . . Les enchaînements sont réalisés dans une variété d'effets très subtils. Point d'emphase, point de violence. Un goût délicat pour une musique poétique exprimant une foi sereine. L'orchestre permet de déployer
de superbes couleurs de cordes et de vents. Les solistes sont excellents... La Maîtrise de Bretagne a l'ampleur rêvée et de belles couleurs.
Hubert Stoecklin, ResMusica.com



La Lyre d'Orphée
Monteverdi, Caccini, Peri, Frescobaldi

Un florilège pour Orphée
Martin Gester et le Parlement de Musique ont promené le public du Palais Rohan à Strasbourg du côté de l'opéra naissant... Un triomphe

Caccini et Peri sont les compositeurs en compétition de deux Euridice simultanées, que détrônera quelques années plus tard (en 1607) l'Orfeo de Monteverdi. C'est donc sur la trame de ce dernier que se déroule la soirée du Parlement de musique intitulée La Lyre d'Orphée. La gageure étant d'évoquer l'émergence d'un genre grand format avec deux chanteurs et cinq instrumentistes : défi relevé brillamment, avec le recours à des pièces instrumentales de Frescobaldi. Jalonné de partitions peu courantes, airs et duos de Peri, Caccini et Frescobaldi, le programme fait entendre aussi des pages clés de Monteverdi. De l'annonce de la mort d'Eurydice, suivie du lamento d'Orphée, au duo shakespearien qui conclut L'Incoronazione di Poppea, c'est un irrésistible triomphe qui est suggéré, celui de la scène lyrique, incendiée de grands duos d'amour. Martin Gester dispose de deux chanteurs qu'il connaît bien et qui sont rompus au style requis par ces pages. Stephan Van Dyck, vigoureux ténor, est à l'aise dans la légèreté sensuelle de Tra le donne comme dans les éloquents soupirs de Tu dormi. Sa partenaire, la soprano brésilienne Marilia Vargas, est armée de toute la séduction d'un timbre coloré et d'une gamme d'expressions qu'elle déploie généreusement dans Usurpator tiranno de Giovanni Felipe Sances, émule de Monteverdi. Comme dans tous les concerts du Parlement de Musique, le raffinement instrumental est la règle. Les alliances de timbres, leur ronde tournoyante mariant l'orgue de Martin Gester et le clavecin d'Aline Zylberajch, le théorbe de Manuel de Grange et la harpe de Johanna Seitz, ne cessent de raviver le plaisir de l'écoute. Et le cornet de Marie Garnier, fluide, aérien, expressif à l'égal d'un violon sensible, a dans ce concert toute la présence d'une voix.
Christian Fruchart - DNA Jeudi 15 mai 2008



Oratorio per la Resurrezione

Haendel, la jeunesse conquérante 21 & 24 mars

Splendide plateau et très bel orchestre pour La Resurrezione, présentée à Colmar par le Parlement de musique et redonnée ce lundi à Strasbourg (...)
Martin Gester a constitué un orchestre d'une vingtaine de musiciens qu'aucune virtuosité tourbillonnante ne déconcerte et capables de passer à l'aise de la douceur soyeuse ou élégiaque aux crépitements incisifs. Et pour cet oratorio qui bondit de toute son ardeur juvénile sur les chemins merveilleux de l'invention, il a rassemblé autour de leur grande aînée, l'alto Guillemette Laurens, un quatuor de chanteurs trentenaires en plein épanouissement vocal, qui ont en commun la richesse et la vigueur du timbre aiguisées par la maîtrise de la scène lyrique.
Un des plaisirs de cette distribution est le contraste entre les deux voix de soprano, l'exquise Shigeto Hata, Ange aussi radieux qu'impérieux, et Ivana Kladarin en Marie-Madeleine sensible et habitée, aux émouvantes harmoniques de mezzo. Guillemette Laurens, grande tragédienne, donne à sa Cleofe des accents poignants aux couleurs fascinantes. Le ténor Mathias Vidal joint à un timbre plein de charme l'énergie indomptable de l'apôtre Jean. Séduction non moindre du côté des Enfers, avec le Lucifer mordant de Benoît Arnould, basse d'une puissance terrassante. Tous capables de ragaillardir l'auditeur le plus blasé.
Christian Fruchart, DNA 23 mars 2008



Le clair printemps du Parlement

Martin Gester et ses troupes du Parlement de musique refont en beauté leur entrée sur la scène alsacienne - à Saessolsheim, Colmar et Strasbourg - et ailleurs.

L'hiver n'a pas été l'hibernation pour le chef organiste et pianofortiste, même si un passage de relais administratif a ralenti quelque peu les activités de l'ensemble strasbourgeois, lequel demeure un des représentants les plus aigus et exigeants de l'interprétation baroque actuelle. Martin Gester a mis à profit cette interruption momentanée des programmes pour enregistrer avec les Polonais de l'orchestre Arte dei Suonatori les douze Concerti grossi de l'opus 6 de Haendel, dont la parution est prévue dans quelques mois.
Il a également supervisé la sortie ces jours-ci d'un disque consacré à la Messe à grand choeur de Jacques-Antoine Denoyé, découverte de son frère Jean-Luc. L'oeuvre avait été créée à sa mémoire à Strasbourg avant de connaître un succès triomphal au Festival d'Ambronay, producteur de l'enregistrement. Le même CD propose en complément l'indispensable curiosité qu'est le Laudate composé par Michel Corrette à partir du Printemps de Vivaldi. L'hymne à la vie renaissante escorte l'hommage magnifique au disparu.
A l'image de la succession du temps de la Passion et des carillons de Pâques, les deux premiers concerts du Parlement bousculent leurs contrastes, passant de la nuit méditative à l'exubérance éblouie. Ce sera d'abord, ce dimanche à Saessolsheim, un Office composé à partir des Leçons de Ténèbres de Couperin et du Miserere de Brossard. On se souviendra que la déploration rituelle, ici chantée par Axelle Bernage et Eugénie Warnier dialoguant avec les flûtes, la viole, le théorbe et l'orgue, fut par deux fois la matière de deux superbes disques, en 1992 et 2003, ponctuant parmi bien d'autres réussites le parcours du Parlement de musique.
Changement total d'atmosphère quelques jours plus tard à Colmar puis à Strasbourg, avec la Resurrezione, premier oratorio de Haendel, où la dévotion et la théâtralité concluent le mariage le plus sensuellement musical qui soit. Émotions renouvelées des arias et trame orchestrale diaprée y sont tressées avec une efficace simplicité de moyens qui assura le premier grand triomphe de Haendel. Dans un plateau vocal soutenu par un orchestre étoffé, on relèvera la présence de Benoît Arnould et de Mathias Vidal, révélations classiques de l'ADAMI 2007, et on saluera le retour de Guillemette Laurens.
Après ce redémarrage fastueux le calendrier annonce d'abord, en tournée alsacienne fin mars, un concert Mozart autour de l'orgue, des concertos au Glockenwerk. L'atelier lyrique Génération baroque sera ensuite à l'oeuvre sous la conduite des membres du Parlement pour aboutir, le 19 avril à la Cité de la Musique, à une mise en espace de L'Infedelta delusa de Haydn. Un retour aux sources de l'opéra est le fil conducteur de la clôture de saison du 13 mai, avant que l'ensemble ne soit à l'affiche des festivals, de Santiago de Compostella à Varazdin en Croatie, puis à Anvers, où Martin Gester et ses musiciens entoureront Mireille Delunsch : l'opéra n'a pas fini d'exercer sur eux son irrésistible attrait.
Christian Fruchart - DNA Reflets 16 mars 2008



M.A. Charpentier : Leçons de Ténèbres et Miserere

Pour les 3 leçons des Ténèbres du Vendredi saint de M.A. Charpentier, les sopranos Axelle Bernage et Eugénie Warnier ont dialogué ou sont intervenues tour à tour, donnant un superbe exemple de fusion vocale sans confusion, avec des timbres proches et pourtant reconnaissables dans leurs différences et une très grande précision.
Elles ont servi cette écriture très ornée et savante avec un constant bonheur... Dans la 2e leçon, des images, d'une assez grande cruauté parfois, font allusion au péché, mais la musique de M.A. Charpentier n'épouse guère ces causes et conserve imperturbablement son caractère grave et somptueux.
Dans le 2e répons, les deux voix ont fait entendre de manière très affirmée les frottements de notes traduisant la douleur. Tout aussi remarquables sont l'écriture et le traitement des lettres hébraïques qui ouvrent chacune des phrases des leçons.
Stéphanie Pfister et Julia Fredersdorff aux violons, Isabelle Dumont à la viole et Yasunori Imamura au théorbe ont tenu leur rang avec un sens de la justesse, du respect de l'ambiance et de la place de l'écriture, selon qu'ils accompagnaient, ou non, les voix.
Martin Gester, maître d'oeuvre discret et efficace tenait l'orgue de choeur et assurait la qualité des entrées et des fins de phrases d'un geste à peine perceptible.
P.B ( DNA du 19 mars 2008)