Alessandro & Domenico Scarlatti
L'ombre et l'éclat
Tel père, tel fils. L'un fut compositeur par excellence de musique baroque quand Naples s'imposait en carrefour européen des arts ; l'autre, en digne héritier, fut compositeur également et claveciniste virtuose. Pour l'ouverture de la nouvelle saison du Parlement de musique, Martin Gester mettait là en scène un étonnant face-à-face...
Au service de ces partitions baroques, la soprano Marilia Vargas et ses aigus radieux. Menés par Martin Gester au clavecin, Stéphanie Pfister et Clémence Schaming au violon, Isabelle Dumont au violone et Patrick Langot au violoncelle lui donnent la réplique. Une belle symbiose voix - instruments s'installe. D'abord sur l'expressive serenata du père, Hor che di Febo ascosi, un joyau de sonorités graves et légères. Marilia Vargas l'habille d'une harmonie subtile, qui rend vivaces ses couleurs pleines de verve.
En réponse, la cantate du fils, Che vidi, o ciel, che vidi, surprend par les contrastes audacieux que Domenico avait pour habitude de cultiver dans ses compositions. La voix y est sollicitée dans ses extrêmes et la jeune soprano s'en sort avec aplomb. Tantôt claire et expressive, tantôt veloutée et obscure, Marilia Vargas se glisse dans les deux répertoires avec élégance - l'ombre et l'éclat y auront été parfaitement mis en relief.
Alternant avec la voix, les pièces instrumentales de Giuseppe Sammartini et Giovanni Battista Bassani jouent les intermèdes. Brillants et séduisants. Martin Gester, entouré de ses talentueux complices, subjugue au clavecin lors d'un remarquable Concerto de Sammartini. Et en invité surprise, Vivaldi s'immisça dans l'affiche de la soirée, à l'occasion d'un rappel amplement justifié.
Iuliana Salzani-Cantor, DNA